« L’art, c’est de consoler ceux qui sont brisés par la vie. » – Vincent Van Gogh.

Avez-vous déjà ressenti cette étrange et inexplicable sensation, après avoir achevé la lecture d’un bon livre ? Ou peut-être avez-vous expérimenté cette même émotion, en écoutant une musique qui semble parfaitement décrire vos envies et votre humeur ?Il s’agit là, de l’attachement que vous portez à l’art, sans même vous en rendre compte : Assez subtile pour qu’il ne soit pas envahissant, assez fort pour vous procurer du plaisir, et prendre le contrôle sur vos propres émotions.

La genèse de l’art

Apparu dès lors de la préhistoire, comme le prouvent les gravures rupestres du Tassili, par exemple, l’art a indiscutablement subi une grande évolution au fil du temps. En effet, tandis qu’il se limitait au début à des activités autrefois indispensables, telle que l’architecture ; l’imagination et l’intellect humains sont néanmoins parvenus à élargir son arborescence. Puis, nous avons connu la naissance du deuxième, puis du troisième, jusqu’au dixième art, qui regroupe la classe des jeux vidéo et des multimédias.

L‘art, plus qu’un divertissement !

Plus qu’une source de plaisir, l’art est aussi, et avant tout une échappatoire, un remède fait pour guérir les maux étouffés de tous ceux qui n’ont pas le courage de s’exprimer, de se libérer, et de partager leurs pensées et leurs opinions à ceux qui sont à l’écoute.  

Néanmoins beaucoup de questions se posent au sujet de l’art en Algérie et du sort des artistes algériens. Pour cela, une dizaine de jeunes artistes de différentes villes ont gentiment accepté de nous faire part de leurs avis et de lever un grand point d’interrogation sur la place de l’art en Algérie.

Quel est le type d’art que tu pratiques ?

Sans surprise, les réponses ont été multiples : Il y avait notamment beaucoup de musiciens et de dessinateurs. Quelques passionnés de photographie, de littérature, et quelques danseurs.

Que dirais-tu si on te proposait de faire de ta passion un métier ?

Les réponses, encore une fois, ne furent pas surprenantes du tout : même si certains pensent qu’une passion, c’est de faire les choses sans attendre des retours ; beaucoup de personnes rêvent de vivre de leur art, appuyant ainsi le fameux proverbe du philosophe chinois Confucius : « Choisis un travail que tu aimes, et tu n’auras pas à travailler un seul jour de ta vie. »

Pourtant, il est clair qu’en Algérie, ces créateurs qui ont décidé de faire de leur hobby un métier se comptent sur le bout des doigts. D’ailleurs, à part quelques exceptions, rares sont ceux qui sont parvenus à se faire un nom dans le pays. La plupart de ces personnes ambitieuses se penchent vers la France, là où ils espèrent voir leur carrière décoller, mais ils ne sont malheureusement pas tous à y parvenir.

Pourquoi est-il donc si difficile de faire carrière en Algérie ? Cela nous amène aux questions suivantes, auxquelles nous avons reçu des réponses très pertinentes :

As-tu l’impression que la société algérienne te soutient dans l’art que tu pratiques ?

« Je n’ai pas l’impression que la société algérienne soutient ce que je fais. Le peuple algérien est très attaché à sa culture. Il a donc du mal à s’ouvrir à d’autres cultures. Étant fan de la musique pop et jazz, j’ai rarement eu l’occasion de jouer ce style en public. On m’a toujours imposé le kabyle, le chaabi, etc… » – Mélissa, une jeune guitariste.

« Malheureusement pas. Je m’abstiens souvent de lire les poèmes que j’écris à voix haute, puisque lors des rares fois où je l’ai fait, j’ai eu l’impression que les gens ne s’y intéressaient pas, et que ça les ennuyait. » – Ilyes, depuis Oran.

« C’est sûr qu’il y a des préjugés qui n’aident pas. Par exemple, il y a quelques mois, on m’a refusé une salle de répétition parce que je fais du rap, et c’est ça qui est le plus difficile : c’est de se prendre des portes au visage… En Algérie, on a une mauvaise image du rap : est-ce que c’est dû à une influence religieuse ? Ou est-ce que c’est dû à une influence du passé, qui s’explique par le fait qu’on n’avait pas cette culture auparavant ? » – Nexa, un jeune auteur interprète de Tizi-Ouzou.

As-tu l’impression que l’état algérien soutient les artistes ?

« Je pense que les artistes qui sont soutenus sont triés sur le volet, pour ne pas dire des méchancetés. » – Meriem, une musicienne de Tlemcen.

« Tout comme les sportifs, l’état Algérien ne semble malheureusement pas soutenir  les artistes. »– Saïd, un passionné de dessin.

« Dire qu’il les soutient est un bien trop grand mot. Même si on est approximativement libres de pratiquer notre art, ce n’est pas comme si l’état offrait des bourses ou construisait des écoles pour nous encourager. » – Anaïs, une danseuse, depuis Tizi-Ouzou.

« Je ne dirais pas qu’ils nous soutiennent, non. Pour commencer, les associations artistiques en Algérie sont comptées sur le bout des doigts, et encore, celles qui existent sont ouvertes à des domaines limités. Prenons l’exemple de Tlemcen: Lors des quelques festivals musicaux que le Palais de la Culture propose (et qui n’ont généralement lieu que pendant le ramadan), on ne se concentre généralement que sur la musique andalouse, alors qu’il y a tellement d’autres artistes que je connais, qui excellent dans le jazz, dans le rock, dans la pop…etc, et dont les opportunités de pratiquer leur propre style de musique sur scène sont restreintes. »

As-tu des solutions à proposer pour remonter l’estime de l’art dans notre société ?

« La publicité, pour commencer. Si je ne me déplace pas aux théâtres pour voir les affiches des spectacles, je n’en entends pas parler. Je pense qu’on devrait faire plus d’affiches et d’annonces à la télévision, ou à la radio. On devrait parler des jeunes talents, faire entendre leurs voix. On devrait aussi inculquer l’importance de l’art aux plus jeunes, pour offrir un meilleur espoir aux futures générations. » – Mélissa.

« Déjà, il faudrait commencer par aider les artistes financièrement et moralement, faire plus de galeries d’art et de festivals. Mais surtout, il faudrait prendre l’art et les artistes au sérieux, c’est le plus important. » -Saïd.

« Organiser des portes ouvertes dans les écoles, proposer des stages d’été, inclure l’art dans l’éducation nationale : Pas une heure de dessin à l’école, qui finit toujours en une heure de rigolade, mais de vrais ateliers artistiques qui comprennent de la danse, du chant, ou encore du théâtre, en dehors des horaires de cours. Il faudrait aussi financier des bourses à l’étranger, investir pour avoir des professeurs formateurs et élever le niveau… »- Anaïs.

« Je pense que les artistes, ou passionnés (dans n’importe quel domaine : Dessin, écriture, photographie, danse…) ne doivent pas se laisser influencer ou décourager par l’avis général, même si leur travail n’est pas excellent, qu’il est simple ou incompris, du moment que ça les aide à s’exprimer d’une manière ou d’une autre, c’est l’essentiel. Je dirais tout de même qu’il est nécessaire d’encourager et estimer le travail des autres au lieu de le critiquer ou le banaliser ; et pourquoi ne pas essayer de faire comprendre leurs valeurs et expliquer l’importance ainsi que l’effet positif qu’a l’art par rapport à la culture, au patrimoine, ou encore l’effet qu’il a sur le développement personnel des individus dans la société. » – Fatma, passionnée de dessin et de musique.

Que peut-on donc conclure de ces témoignages ?

Selon tous les témoins questionnés, l’état algérien ne semble pas fournir de grands efforts pour encourager les artistes. Seulement, l’état ne semble pas être le seul à blâmer, mais le peuple prend aussi sa part de responsabilité dans tout cela : on l’accuse de ne pas être assez ouvert d’esprit, et d’être beaucoup trop attaché à ses traditions.

Pour faire bouger les choses, il serait donc temps d’en venir aux changements : il serait temps pour les artistes de s’imposer, et de faire entendre leur voix. Il serait temps d’appliquer certaines mesures essentielles, pour faire revivre l’art en Algérie. Il serait temps pour les médias d’enfin poser le regard sur ces jeunes talents qui n’attendent que de se faire écouter. Il serait temps que le peuple algérien sorte de sa zone de confort, et se lance dans la découverte de nouvelles cultures dont il ne s’est pas encore imprégné. 

Car après tout, sans artistes, l’art n’existe plus. Et sans art, le plaisir de la vie s’évapore, et l’être humain se retrouve rapidement à subir ses jours, au lieu de les vivre à pleine haleine. 

« Le but de l’art, le but d’une vie, ne peut être que d’accroître la somme de liberté et de responsabilité qui est dans chaque homme et dans le monde. » – Albert Camus.

Chaymaa Meghebbar

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