Le Président de la République Abdelmadjid Tebboune a accordé, le 13 juillet 2020, un entretien pour le journal français « l’Opinion » dans lequel plusieurs thèmes ont été évoqués, dont les relations avec la France, la politique étrangère algérienne et le « nouveau régime » promis par le président. Il a notamment affirmé qu’il ne comptait pas perdurer au pouvoir et qu’il ne ferait très probablement qu’un seul mandat présidentiel. 

Relations avec la France : Dépasser sans oublier…

La restitution des crânes de martyrs est un pas important en ce qui concerne le devoir de mémoire nécessaire pour normaliser complètement les relations algéro-françaises. Le Président Tebboune a affirmé que son homologue français Emmanuel Macron était honnête sur la question de la mémoire commune et qu’il n’avait pas d’arrière-pensées coloniales, contrairement à certains hommes et courants politiques français. Il a notamment pointé du doigt certains « lobbies » qui œuvrent à « parasiter » les relations entre les deux pays pour des raisons de vengeance historique. Il a cependant rappelé en substance que le dépassement de notre passé commun pour aller de l’avant ne rimait pas avec le reniement du passé.

Tebboune a également déclaré que l’Algérie était « incontournable » pour la France et réciproquement et que les relations étaient importantes sur le plan économique avec près de 11 milliards d’échange entre les deux pays. Les 450 entreprises françaises et la diaspora importante en France sont appelés à jouer leur rôle dans le développement du pays. 

Politique internationale : La souveraineté avant tout !

L’Algérie étant la puissance au niveau régional en Afrique saharienne à côté de l’Egypte, elle se doit d’œuvrer au règlement de la crise Libyenne qui dure depuis au moins 2014. Tebboune a assuré à maintes reprises que l’Algérie n’avait pas de parti pris en Libye, contrairement aux autres puissances impliquées dans le conflit, ce qui permet une médiation sous l’égide de la communauté internationale pour la paix. La lutte anti-terroriste est aussi une priorité majeure au niveau du Sahara et que l’armée algérienne pourrait s’engager sur certains fronts dans le cadre du maintien de la paix. 

Il a été rappelé dans l’entretien que la ligne de conduite de la politique étrangère algérienne était et restera celle du non-alignement et du refus de toute tutelle étrangère en plus du soutien diplomatique aux causes justes. 

« Notre pays a souffert. Les Romains y sont restés des siècles. Les Espagnols sont ensuite venus, puis les Turcs au nom du califat, et enfin des Français. Nous sommes aujourd’hui libres et entendons le rester. L’Algérie ne se laissera plus caporaliser par quiconque. » A-t-il déclaré. 

La question des rapports avec le « frère rival » Marocain a aussi été évoquée, ainsi Tebboune a dénoncé une forme d’escalade dont le Maroc se rend responsable en construisant une base militaire aux frontières. Il a, en revanche, précisé que l’Algérie ne considérait en aucun cas le Maroc comme un ennemi et que le soutien au Polisario et à la cause de la République Arabe Sahraouie n’engageait nullement l’Algérie dans le conflit. Il appartient donc au Maroc d’engager un dialogue avec le Polisario.

Les changements à venir

« Mon ambition est d’aboutir à une constitution consensuelle et pérenne qui encadre les pouvoirs du chef de l’Etat et ne permette plus de tripatouiller les textes afin de s’éterniser au pouvoir ou de servir les desseins des uns et des autres. L’Algérie est encore une démocratie en construction. » 

Le président Tebboune a exprimé son ambition d’instaurer un nouveau régime constitutionnel à la fois stable mais qui ne permettrait pas la dérive « bonapartiste » du pouvoir présidentiel qui basculerait en pouvoir personnel.

La constitution actuelle est déjà de nature semi-présidentielle mais le premier ministre est désigné par le chef d’Etat alors que la nouvelle constitution prévoit que ce sera désormais la majorité parlementaire qui désignera le chef du gouvernement. La constitution de 2020 prévoit également la constitutionnalisation de l’autorité nationale indépendante des élections (ANIE) qui sera chargée d’organiser les élections et non l’administration comme auparavant. Contrairement à une idée reçue, l’ancienne constitution n’interdit pas à l’armée algérienne de combattre à l’extérieur du territoire nationale, mais simplement les agressions contre les autres pays (cf article 29), ainsi la nouvelle constitution prévoit le droit de véto parlementaire pour que l’armée puisse intervenir à l’extérieur. La nouvelle constitution qui instaurerait le « nouveau régime » devrait passer par référendum dans les prochains mois à une date encore indéterminée.

Depuis la chute des prix du pétrole en 2014, l’Algérie est en proie à une difficile crise financière, les réserves de change sont estimées à 58 milliards de $ (pour 0 dette extérieure) et la production pétrolière et gazière s’épuise de jour en jour, ce a conduit le gouvernement à se tourner vers l’exploitation des ressources alternatives (terres rares, les ressources minières, etc). Depuis quelques années, plusieurs produits ont été interdits à l’importation pour arrêter la fuite des devises (notamment avec la surfacturation des produits importés) et pour encourager la production locale. 

La pandémie du Covid-19 a mis des bâtons dans les roues pour la mise en œuvre des engagements du programme, mais le mandat du président Abdelmadjid Tebboune n’est encore à son début. Nous pourrons en juger dans les années à venir. 

Yacine Chibane

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