Ce nom vous rappelle quelque chose ? Pour la plupart, c’est un non catégorique! Ce qui est logique étant donné sa disparition quasi totale des mémoires. Lui tout comme son histoire chimérique et le culte ancestral qui lui était voué sont tombés hélas en désuétude. Découvrons ensemble qui est Anẓar.

Anẓar est une divinité de la mythologie berbère, un roi singulier, vénéré en Afrique du nord durant des temps immémoriaux, de part son influence dans cette partie du globe, car oui c’était le dieu de la pluie et de l’eau entre autres. Et qui dit eau, dit vie ! Par ici la suite…

Étymologie et Mythologie:

Nom masculin signifiant pluie, Anẓar est cependant le seigneur du ciel, des eaux, des rivières, des mers, des ruisseaux, des sources et évidemment de la pluie. Il apparaît comme l’élément bienfaisant qui renforce la végétation, donne les récoltes et assure la croissance du troupeau. 

Souvent appelé Aguellid n unzar ou Aguellid n ugeffur, synonyme de Roi de la pluie, il est notamment connu par le fameux rite : Tislit n Anẓar (la fiancée d’Anẓar), qui lui était consacré lors des périodes de fortes aridités pour un objectif très clair : faire pleuvoir dans ce qui était autrefois l’empire Amazigh : Rif, Kabylie, l’Ouarsenis, les Aurès, etc.

Le récit légendaire : (Tislit n Anẓar) 

Bien que la véritable histoire soit longue et riche en poésie, on se contentera ici de quelques détails, précieux synonymes de clairvoyance.

Comme vous le savez tous, chaque fable dispose d’un concepteur, souvent influencé et inspiré par une nature aux mille facettes. c’est donc tout naturellement que les peuples berbères en général, à l’instar des autres civilisations antiques, se sont inspirés de la pluie, elle-même assimilée à la semence, pour créer Anẓar et le solliciter dans les temps durs afin de provoquer son action fécondante.

Selon les différentes sources précédentes, trois éléments prépondérants sont impliqués dans cet épisode : une jeune femme, une rivière et tous ceux qui dépendaient d’eau pour survivre. En effet, Henri Genevois, un prêtre qui vivait en Algérie et s’intéressait à la mythologie amazighe, réussi à recueillir un texte chez les At Ziki du haut Sebaou (Kabylie), au XVIIIe siècle,  à l’époque où les At Qasi et les At Jennad se battaient contre les Turcs. Les écrits poétiques amazigh et textes peuvent être résumés comme suit : 

« L’Aguellid n ugeffur était tombé follement amoureux d’une nubile d’une beauté envoûtante, qui avait l’habitude de se baigner dans une rivière. Un jour, il décida de s’approcher d’elle et de lui parler. Le voyant débarquer tel un éclair, elle prit peur et s’enfuit, contraignant le maître des pluies à se retirer ! Une énième fois, remonté à bloc cette fois ci, il lui renda visite pour lui annoncer : “tel l’éclair, j’ai fendu l’immensité du ciel, ô toi, étoile plus brillante que les autres, donne-moi donc le trésor qui est tien, sinon je te priverai de cette eau”, la pubère lui répondit : “je t’en supplie, maître des eaux, au front couronné de corail. (Je le sais) nous sommes faits l’un pour l’autre… mais je redoute les « qu’en dira-t-on »…”

sitôt ces dernières paroles émises, et le rejet avilissant, il tourna alors avec frénésie la bague qu’il portait au doigt ; la rivière tarit immédiatement et il disparut à nouveau. La jeune fille poussa un cri et fondit en larmes ;  elle savait par désespoir et par terreur pour son peuple que l’avenir serait sombre et chaotique. Donc, elle se dépouilla de sa robe de soie et resta toute nue et criait vers le ciel : “ ô Anẓar, ô Anẓar ! Ô Toi, floraison des prairies ! Laisse à nouveau couler la rivière, et viens prendre ta revanche”. Suite à ces appels à grands cris, il reparut et s’unit à elle, provoquant par la même occasion le retour de l’écoulement de la rivière, et toute la terre se couvrit de verdure ». 

Avec cette fin sensible, romanesque et surnaturelle, l’histoire de ce dieu à priori authentique – dont se sont inspirés les grecs (Poséidon !)  – débouche directement sur un rituel ancien à son honneur, qui nécessite une jeune jolie femme vierge comme principale offrande afin d’obtenir son aide et sa puissance, et appeler la pluie pour ainsi se débarrasser de la sécheresse. Telle est la légende…


Le rituel de la pluie:

Toujours d’après le français et le récit kabyle, le protocole était organisé par les femmes (généralement) avec la participation de la population. La matrone du village préparait la toilette de la fiancée d’Anẓar et lui remettait une cuillère à pot (Aghenja). Tout au long de la procession, elle ne cessait de psalmodier, réclamant avec précision l’intervention de l’Aguellid. En même temps, les familles visitées offraient de la nourriture et aspergeaient le cortège en visant la fiancée. Arrivées à l’un des sanctuaires du village, les femmes préparaient un repas avec les produits offerts. 

Après quoi la femme mûre dénudait la fiancée qui s’enveloppait dans l’un des filets servant au transport des gerbes ou du fourrage. Elle implorait à nouveau Anẓar, en tournant autour du sanctuaire, exprimant son consentement, s’offrant au roi de la pluie, citant tous les êtres vivants : hommes, animaux et végétaux qui attendent, comme elle, l’eau bienfaisante. Les femmes chantaient également, faisant appel au créateur au nom de la Terre-Mère sans force et desséchée. Pendant ce temps, les jeunes filles pubères s’assemblaient autour de la promise, toujours nue, et entamaient une partie de takourt : jeu de balle très répandu au Maghreb. Ce jeu se pratique avec une crosse, les joueurs se disputent une balle en liège, ailleurs en chiffons, jusqu’à ce que celle-ci tombe dans le trou préparé à cet effet. A ce moment, la fiancée entonnait un nouveau chant encore plus pressant auquel répondait le chœur des jeunes filles. La balle était enterrée dans le trou, comme le serait une semence, et toutes les femmes retourneraient au village. La pluie ne manquait pas de tomber dans les jours qui suivaient !

Jusqu’à une certaine époque, le rituel originel avait réussi à survivre ; néanmoins, il avait pris différentes formes, surtout lors du passage de l’Islam, ou une version s’est distinguée de toute autre qu’en retrouve aujourd’hui  ! Celle-ci se différencie par le remplacement de la fiancée par un simulacre, les femmes portent alors une poupée en bois habillé joliment, spécialement pour l’occasion, et parée somptueusement de bijoux comme une véritable épouse offerte à Anẓar lors du défilé.

Voilà comment étaient jadis les peuples antiques de la grande eau : remplis de rites, de phénomènes sociaux insolites et de croyances en tous genre. Tous convergeaient vers des problèmes liés à mère nature, origine de toute chose. Au final, on ne se lassera jamais d’apprendre de nos aïeux !

Yann

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