À l’occasion de la célébration de la 58ème année de l’indépendance et de la naissance de la nation algérienne moderne, il est intéressant d’établir un bilan global des réussites et des manquements de notre pays. Un bilan nécessaire pour savoir où en sommes-nous et où nous nous dirigeons car en tant que citoyens algériens, nous avons tous la charge et la responsabilité de la situation et de l’évolution de notre pays.

Parmi les discours assez fréquents qui circulent dans la société, on a souvent l’idée que notre pays serait intrinsèquement maudit (par on ne sait quelle divinité), que notre société serait fondamentalement « pourrie » et que nous n’aurions rien fait de notre indépendance… Le fait d’entendre ce discours est malheureux, notamment par des personnes qui de surcroît, pour la majorité d’entre elles, n’ont pas vécu les époques de l’Algérie indépendante et qui n’ont aucune idée des conditions d’évolution de la société algérienne. À en croire ce langage, nous aurions dû maintenir la France coloniale, cela nous aurait évité notre situation actuelle !

La réalité objective, au-delà du parti pris que nous pouvons avoir, est que le bilan de l’Algérie indépendante est dans l’ensemble positif, quoiqu’on puisse dire. Si l’on veut faire une analyse factuelle, il faut tenir compte de la situation de l’Algérie à l’indépendance, des moyens dont elle a bénéficié, de ce qui a été réalisé et des circonstances historiques. D’abord, il faut dire que la France n’avait pas laissé grand-chose à la veille de l’indépendance, en plus du facteur de la guerre qui avait quasiment ruiné le pays avec et le terrorisme de l’OAS qui pratiquait la politique de la terre brûlée. Le produit intérieur brut (PIB) de l’Algérie en 1962 n’était que de 2 milliards de dollars pour une population de 11 millions d’habitants, ce qui classait le pays parmi les plus pauvres au monde ! Le taux d’alphabétisation n’était que de 15%, ce qui signifie que 85% de la population ne savait même pas lire ni écrire, ajoutons à cela l’espérance de vie qui était en moyenne de 47 ans (en comparaison, elle était déjà de 70 ans en France à la même époque) en raison de la forte mortalité infantile. L’héritage colonial pourrait se résumer à quelques infrastructures de base, une petite base industrielle et à quelques élites formées dans les écoles et les universités françaises, mais cela ne représentait grand-chose en comparaison avec le niveau de développement humain du pays à l’indépendance.

Période post-indépendance (1962-1979) :

L’Algérie avait lancé à l’indépendance une politique de développement basée sur le développement humain, notamment avec la gratuité et la mixité de l’école publique et de l’enseignement qui avait permis aux enfants de prolétaires et de la paysannerie d’accéder à l’éducation, en plus de la gratuité des soins médicaux et des programmes de vaccination pour lutter contre la mortalité infantile.

Le développement économique nécessitait une nationalisation des richesses pour permettre un développement industriel et une souveraineté économique. L’état avait mis en œuvre la réforme agraire en 1963, la nationalisation du secteur bancaire et des mines en 1966 et surtout, des hydrocarbures en 1971. Le président Boumediène avait lancé une politique de grands travaux sur le plan industriel pour favoriser un développement rapide de l’industrie lourde et légère (textile, sidérurgie, mécanique), l’objectif étant de garantir une autosuffisance en matière de produits fabriqués, bien que le déficit de compétences posait un problème pour soutenir cette politique à terme. Le choc pétrolier en 1973 avait permis à l’état durant cette conjoncture de mettre en œuvre une politique d’investissement public.

La stagnation puis la « décennie noire » (1979-2000) :

En 1978, le président Boumediène décède et Chadli Bendjedid est désigné pour lui succéder. L’élan de développement est freiné par la nouvelle politique d’orientation clientéliste du « plan anti-pénurie » et de la « restructuration des entreprises publiques » qui avaient désorganisé l’économie algérienne. Le contre-choc pétrolier de 1986 qui avait occasionné une chute vertigineuse des prix du pétrole avait donné un coup dur à l’économie algérienne qui était à cette période stagnante à cause de la mauvaise gouvernance (affairisme, clientélisme, etc.). La crise économique s’aggravait de plus en plus et des émeutes de faim éclataient, particulièrement celles d’octobre 88 qui avaient fait basculer le destin du pays. Le gouvernement de l’époque avait en réaction décidé du passage à la démocratie (fin du parti unique et ouverture médiatique) et à la libéralisation de l’économie. Les événements de 1991-1992 marquèrent le début de la « décennie noire » lorsque le « front islamique du salut » (FIS) avait remporté le premier tour des élections législatives de décembre 1991, ce qui précéda la démission du président Bendjedid le 11 janvier 1992 et l’annulation des élections. Le pays sombre de plus en plus dans la violence avec la formation de maquis terroristes islamistes radicaux et l’instauration de l’état de siège pendant près de 10 ans.

Les conséquences désastreuses sur le développement économique du pays se font sentir avec la dévaluation de 40% du dinar, la fermeture d’entreprises et endettement auprès du fond monétaire international (FMI).

Passage au XXIème siècle et nouveaux défis :

Au tournant des années 1990, l’Etat algérien œuvre pour mettre fin au conflit armé avec les groupes terroristes, d’abord avec la loi de clémence initié par Liamine Zeroual puis par la concorde civile proposée par l’ancien président Abdelaziz Bouteflika qui avait permis la descente du maquis de milliers de terroristes. Le terrorisme diminue fortement dans les années 2000 et la paix revient mais non sans séquelles de la dernière décennie. La montée des prix du pétrole à partir de 2004 permit au président Bouteflika de mener une politique de grands travaux et d’investissement public massif : des dizaines d’universités sont construites, des hôpitaux, des milliers de kilomètres de routes, des aéroports, des barrages, des millions de logements, etc. sont construits. Sans compter l’augmentation du niveau de vie avec notamment les subventions des produits, l’augmentation des salaires et la création de nouveaux postes de fonctionnaires.

Le contre-choc pétrolier de 2014 avait mis un coup de frein à la politique mené durant les années précédentes ce qui explique la baisse des rentrées de devises et des réserves de change qui sont passées de 200 milliards de $ en 2013 à 60 milliards en 2020, sans compter la baisse du pouvoir d’achat. La période de non-gouvernance de l’année 2019, suite à la démission d’Abdelaziz Bouteflika, et la pandémie du covid-19 n’ont pas arrangé les choses…

Cela dit, les résultats montrent quand-même une progression indéniable, la production entre 1990 et 2019 a quadruplé (alors que la population n’a pas quadruplé), l’indice de développement humain est monté à 0,754 (83ème mondial et 3ème au niveau africain), l’espérance de vie a atteint les 78 ans en moyenne, l’armée algérienne est classée 28ème armée au monde par le site Global Fire Power, le taux d’alphabétisation est quasi-total et ainsi de suite. Cependant, les défis à relever durant les prochaines années seront d’abord et avant tout la sortie de la dépendance aux hydrocarbures qui représentent actuellement 20% de l’économie et 96% des exportations. Le Président de la République Abdelmadjid Tebboune a par ailleurs inscrit dans son programme la diversification de l’économie via l’exploitation des ressources naturelles non-pétrolières (phosphate, uranium, terres rares, etc.).

Conclusion…

En somme, le bilan de l’Algérie indépendante est plutôt mitigé selon les périodes mais si l’on compare avec la situation du pays à l’indépendance avec celle d’aujourd’hui et de la progression générale au fil des décennies, les avancés réalisées sont indiscutables. Il appartient aux nouvelles générations de poursuivre la construction du pays durant les prochaines années et décennies.

Yacine Chibane

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