A Alger plus qu’ailleurs, le football est sur toutes les lèvres, l’un des loisirs  les plus répandus parmi la jeunesse algérienne, est quotidiennement le sujet préféré des Algérois. Dans la rue comme dans les cafés, on tend souvent l’oreille et si par hasard, l’un des éléments du football (joueur, équipe, stade) est évoqué par une quiconque personne, assez vite, une discussion conviviale s’enclenche entre inconnus. EH oui ! Le football est éminemment populaire, sans le moindre protocole.  Mais, il n’y a pas que les gens qui parlent de foot, les murs eux aussi en parlent : ces  œuvres de street art  réalisées par des graffeurs armés d’art, et par amour, nous font apprendre des choses, parfois dépassant le football. 

Alger rime avec football :

Si le berceau du football est à Londres, le football algérien, lui, est apparu pour la première fois à Alger avec la naissance du Mouloudia club d’Alger surnommé « le doyen ». Actuellement, le championnat algérien dénommé ligue 1 Mobilis, comprend au total seize équipes dont six sont algéroises, un peu à la façon londonienne. La profusion de clubs dans la capitale a toujours fait d’Alger une ville mythique de football. On peut citer les plus coriaces : CRB, MCA, USMA. D’autres clubs passent leurs années à descendre en ligue 2, et  à monter en ligue 1 comme l’USM El Harrach, RC Kouba, NA Hussein Dey, Paradou Athletic Club.

La passion des supporteurs algérois  ne se limite point au visionnage du match lors du jour J. Il y a, en effet,  a priori tout un travail quotidien de préparation. Les questions qui les tourmentent sont du genre : quelles chansons chanter ? Quel  tifo faire ériger ?  Quel message à faire passer ? 

En outre, Il est récurent de constater qu’au sein d’une même famille le fanatisme se divise,  certains supportent le MCA d’autres l’USMA, ainsi de suite. Par conséquent les derbys  sont d’une ambiance bouillonnante.  La rivalité belliqueuse à l’ancienne n’existe plus, c’est l’art qui s’offre au service de la concurrence entre clubs algérois. Cet art urbain qui transforme nos villes en musés d’art à ciel ouvert, ne cessent de prendre de l’extension, en l’occurrence à Alger la blanche. 

Quelques graffitis s’imposent:

Au-delà des stades et du football, la  passion qui consiste à embellir les cités et marquer les territoires  par le biais des graffitis ayant trait au football dévore les esprits; à travers ces mêmes graffitis  on sait, d’ores et déjà, quel club est majoritaire dans n’importe quel quartier algérois. 

Commençons par les plus répandus, les rouges et noirs, et  les rouges et verts. Rien qu’en évoquant l’USMA et le MCA nous avons déjà des frissons. Les enfants de ces deux clubs  ont l’art urbain chevillé au corps. Il leur permet non seulement de véhiculer des messages significatifs, de marquer le territoire, mais aussi de rivaliser dans le civisme, la culture et l’art. 

Les adorateurs de l’USMA  ne se privent guère de la richesse linguistique pour exprimer leur amour indéfectible à l’égard de leur club. Prenons l’exemple du graffiti ci-dessous, qui témoigne foncièrement d’une partie du paysage linguistique algérien . En une seule œuvre, le message est dit au travers de trois langues : La langue algérienne (dialecte), la langue française et l’arabe.  Cette diversité linguistique qui apparaît dans les graffitis des Usmistes est corollaire à des personnes qui en font usage.  A l’inverse, les graffitis relatifs au club le plus populaire d’Alger, le MCA, sont fréquemment à caractère monolingue : le plus souvent en langue arabe. 

A ses peintures murales et aux couleurs de l’USMA, se dresse le portrait de Zoubir Bouadjadj, une figure emblématique de la révolution algérienne, que, peut-être, les nouvelles générations ne connaissent pas. Une autre figure, cette fois, à la fois footballistique et révolutionnaire arbore le ciment, celle de  Abderrhamane Arbadji ayant brillé au sein du club algérois l’USMA. Parallèlement, il avait joué un rôle des plus importants dans la Bataille d’Alger, et compte parmi les rangs  des chouhada et militants de la cause nationale.

La même démarche se constate chez les graffeurs mouloudéens. Et en sillonnant toujours les rues de la capitale nous admirons, deux fabuleux portraits, légendes de la musique chaâbi,  El Anka et Ammar Ezahi, ornent les murs d’Alger. Mais aussi celui de Smaïl Khabatou, ancien joueur et entraîneur du MC Alger, ayant remporté le triplé historique de 1976 : championnat d’Algérie, la  Coupe d’Afrique et la coupe d’Algérie. 

C’est en guise de gratitude que les jeunes d’aujourd’hui, à travers  des fresques murales et en forme de portrait, honorent la mémoire de nos légendes, qu’elles soient sportives, historiques ou artistiques. 

Deux graffitis se jouxtent, dotés de slogans, l’un à coté de l’autre. Le premier, « l’usmisme un esprit et une culture algéroise ». Le second, en plus petit, «  partout où l’usma ira le cœur d’Alger bâtera ».  Mettant l’accent principalement sur les deux mots « algéroise » et « Alger »  une manière d’affirmer l’identité algéroise de l’USMA, si ancienne  ayant résisté aux aléas de l’histoire. Et accessoirement, l’accent est mis sur le  suffixe « isme » qui indique   que ce club n’est pas seulement un club de football mais également un phénomène de société (positif), une culture, un mode de vie et un état d’esprit.   

Aux alentours de la commune de Belouizdad anciennement connue sous le nom de Belcourt, les cœurs palpitent pour le CRB. On y trouve des fresques murales très singulières par rapport aux précédentes ; c’est souvent des  dessins de personnes jeunes et imaginaires qui tapissent les murs de Belouizdad.

On y constate des écritures en plusieurs langues, des messages à valeur historique reflétant l’histoire révolutionnaire du quartier aux temps du colonialisme. 

Samy Loucheni

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