Vendredi 01 octobre 2020, le trente huitième féminicide en cette année, a été commis, il s’agit du meurtre de la jeune fille, Chaima Sadou, âgée de dix ans. Beaucoup de questions restent à poser, que fait la justice face à ces crimes ? A quand une réelle prise en charge des plaintes déposées ? Et quel est notre rôle autant que société algérienne pour que ces crimes odieux ne se répètent plus ?

Faits réels du meurtre à relayer :

Plusieurs versions ont été publiées, depuis samedi dernier, sur les réseaux sociaux, premier vecteur à relayer l’information fausse soit-elle ou vraie, il serait donc temps de partager l’histoire et les conditions du meurtre crapuleux de Chaima Sadou, telles quelles sont, afin de rendre une première juste à la jeune fille, que s’est-il passé?

Selon le procureur de la république prés du tribunal de Boumerdes, la jeune fille a été retrouvée, morte brulée et violée, dans une station-service abandonnée, au niveau, de l’entrée Ouest, de la commune de Thenia, dans la Wilaya de Boumerdes.

Il est à signaler, que le coupable, qui habite dans la commune de Thenia, s’était présenté aux autorités, avec une première version, qui selon lui, « Chaima a été brulée dans une station service abandonnée dans l’ouest de Thenia, à Boumerdes, le premier octobre 2020, aux alentours de 15H ».

Selon le médecin légiste, l’examen a démontré que le corps de Chaima, a été brulé, présentant plusieurs ecchymoses, et de grandes plaies au niveau de l’arrière de son crane. De plus, une grande plaie au niveau du haut de la cuisse gauche.

Suite à ça, l’auteur du crime crapuleux, est revenu sur sa première déclaration, tout en affirmant que «  le 01 octobre, dans le lieu du crime, il avait frappé Chaima, jusqu’à perdre connaissance, puis violé. Par la suite, il s’est rendu à la station service en face, pour ramener une bouteille d’essence, et asperger la défunte du contenu de la bouteille afin de la bruler, pour repartir ensuite sur son scooter ».

Pourquoi attendre jusqu’à ce qu’une autre victime soit odieusement assassinée pour rendre justice?

Il est à noter, que la défunte avait porté plainte contre le coupable, pour viol en 2016, une autre affaire de viol n’ayant pas aboutit à un verdit juste, sans prise en charge par des spécialistes voire sans assistance sur le plan psychologique de la victime, afin de porter aide à cette dernière.

Ainsi, l’auteur du crime, a été inculpé pour viol et meurtre avec préméditation, avec usage de torture et méthodes barbares, et le juge d’instruction a ordonné de placer le coupable en prison.

Ce que dit la loi :

Notre rédacteur Yacine Chibane   a mené l’enquête :

L’opinion publique a tendance à reproche à la loi algérienne d’être trop laxiste lorsqu’elle traite des dossiers criminels. Précisons que la peine capitale, c’est-à-dire la peine de mort, n’est pas appliquée depuis 1993. Elle n’a toutefois pas été abolie mais est sous « moratoire », en d’autres termes suspendue jusqu’à nouvel ordre. La société de manière générale appelle régulièrement à dégeler la loi sur la peine et la rendre applicable pour les crimes les plus odieux, dont celui qu’a subie la pauvre Chaïma.

Il est également nécessaire de préciser que le cumul des peines n’est pas en vigueur en Algérie, contrairement aux Etats-Unis où un accusé est jugé pour chaque peine et chaque crime, ainsi il peut écoper de plusieurs décennies de prison s’il est jugé pour plusieurs crimes.

Le code pénal indique clairement dans la partie « Crimes et délits contre les personnes, Section I : Meurtres et autres crimes capitaux et violences volontaires » les peines suivantes :

« Art. 254. – L’homicide commis volontairement est qualifié meurtre.

Art. 255. – Tout meurtre commis avec préméditation ou guet-apens est qualifié assassinat.

Art. 261. – Tout coupable d’assassinat, de parricide ou d’empoisonnement, est puni de mort.

Art. 263. – Le meurtre emporte la peine de mort lorsqu’il a précédé, accompagné ou suivi un autre crime.

Art. 263 ter. (Nouveau) – Est punie de cinq (5) à dix (10) ans de réclusion à temps et d’une amende de cent mille (100.000) DA à cinq cent mille (500.000) DA, toute personne qui exerce, provoque ou ordonne l’exercice d’un acte de torture sur une personne.

La torture est passible de la réclusion à temps de dix (10) à vingt (20) ans et d’une amende de cent cinquante mille (150.000) DA à huit cent mille (800.000) DA, lorsqu’elle précède, accompagne ou suit un crime autre que le meurtre. (2)

Art. 265. – Lorsqu’il y a eu préméditation ou guet-apens, la peine est, si la mort s’en est suivie, celle de la réclusion perpétuelle ; si les violences ont été suivies de mutilation, amputation ou privation de l’usage d’un membre, cécité, perte d’un œil ou autres infirmités permanentes, la peine est celle de la réclusion à temps, de dix (10) à vingt (20) ans ; dans le cas prévu par l’alinéa 1er de l’article 264, la peine est celle de la réclusion à temps, de cinq (5) à dix (10) ans.

Art. 271. – Lorsqu’il est résulté des coups, blessures, violences, voies de fait ou privations visées àl’article 269, une mutilation, amputation, privation de l’usage d’un membre, cécité, perte d’un œil ou autres infirmités permanentes, la peine est la réclusion à temps, de dix (10) à vingt (20) ans. Si la mort en est résultée sans intention de la donner, la peine est le maximum de la réclusion à temps de dix à vingt ans.

Si la mort en est résultée sans intention de la donner, mais par l’effet de pratiques habituelles, la peine est celle de la réclusion perpétuelle.

Si les coups, blessures, violences, voies de fait ou privations ont été pratiquées avec l’intention de provoquer la mort, l’auteur est puni comme coupable d’assassinat ou de tentative de ce crime. »

Le crime subi par Chaïma, paix à son âme, peut donc être qualifié doublement de torture, de viol et d’assassinat. 

Que peut-on faire autant que société afin de lutter contre les féminicides ?

Entre sit-in, associations, débats, ou autres moyens, il est de notre devoir, de parler, de briser le tabou, et d’essayer de changer les choses, individuellement et collectivement, afin d’alerter la société et les institutions, à propos de ces crimes qui ne cessent de se reproduire, et cela passe également par l’éducation des individus de la société, concernant ce sujet.

La platforme Féminicides Algérie

Il s’agit d’une équipe composée, de deux militantes Narimene Mouaci Bahi, et Wiame Awres, réunies par la nécessité de signaler les féminicides, auprès des différentes instituions concernées.

« Nous effectuons un recensement qui consiste en une veille permanente de l’actualité nationale relative aux meurtres et assassinats de femmes et de filles, parce qu’elles sont femmes et filles. Nous tenons également à mettre en avant que ces féminicides ne viennent pas de nulle part, c’est le résultat d’une violence sociale et institutionnelle banalisée voire encouragée et entretenue.

Le recensement que nous réalisons suit plusieurs étapes : détecter le féminicide sur la presse ou les réseaux sociaux, chercher l’entourage de la victime et entrer en contact avec eux, confirmer l’information avec plusieurs personnes de son entourage, minimum 5 personnes, analyser les informations que nous avons, et en dernier lieu, rendre l’information publique. Nous avons ce besoin de contacter son entourage car nous avons constaté que dans la presse il n’y a pas assez de détails que nous jugeons nécessaires pour traiter ce sujet : age, nom de la victime, si la victime était déjà violentée, si elle a déjà essayé de demander le divorce ou de déposer plainte, si elle avait des enfants, sa fonction, entre autres. Nous aspirons ainsi à comprendre et analyser les mécanismes qui mènent aux féminicides.

Nous tenons aussi à mettre en avant que les femmes assassinées ne sont pas que des chiffres, elles avaient des noms et des vies, parfois des enfants. Nous ne voulons pas qu’elles tombent dans l’oubli ni que leur assassinat soit un fait divers, car derrière ce qui est présenté comme un fait divers existe un fait social. Nous voulons avoir plus d’informations sur la condamnation judiciaire des assassins étant donné que certains assassins ont vu leur peine réduite. Nous sommes préoccupées quant au sort des enfants dont les pères ont assassiné les mères, et les conséquences que ça aura sur la famille et l’entourage de la victime. Tant de questions auxquelles nous aspirons à avoir des réponses pour combattre ces violences qui mènent au féminicide. Et cela ne pourra se faire sans l’implication responsable de la société civile, des médias, des services de sécurité, du corps médical et des institutions éducatives et judiciaires.

Le travail que nous effectuons est bénévole et indépendant de tout organisme national ou international. Nous tenons à préciser que les chiffres présentés ne sont que les chiffres que nous avons pu recenser, le chiffre réel est beaucoup plus élevé ».L’équipe de Féminicides Algérie : Narimene Mouaci Bahi et Wiame Awres

Appel à un rassemblement contre les féminicides en Algérie

 «  On appelle toutes les citoyennes et citoyens algérien.nes, à un Rassemblement pour dénoncer les meurtres odieux de Chaïma, d’Ikram, d’Asma, d’Amira, Razika et de toutes les autres femmes assassinées y compris 37 autres assassinées en 2020.

Nous appelons à un rassemblement, le Jeudi 08 OCTOBRE 2020 à 11H00 devant le Portail de la Faculté Centrale pour dénoncer les féminicides et  toutes les Violences contre les femmes ».Le Collectif FACE, « Femmes Algériennes pour un Changement pour  l’Egalité »

Listes de rassemblements :

Tizi Ouzou

Jeudi 08 octobre 2020 à 12h devant l’ancienne mairie de Tizi-ouzou.

Oran 

Jeudi 08 OCTOBRE 2020 de 11H00 à  12H00  au niveau de la  Place Port Said (au niveau des deux crémeries du Front de mer). 

Constantine

 Jeudi 08 OCTOBRE 2020 à 13h30 AU CENTRE VILLE devant El khalifa.

Bejaia

 Jeudi 08 octobre 2020 à 15 :30 à la placette liberté d’expression Said Mekbel.

                                                                         Yamina Hamidi et Yacine Chibane

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