L’été arrive à grands pas. Avec lui,  la torpeur, l’ennui, l’inertie, causés par ses journées longues ; vouloir toujours rester à l’abri de l’ensoleillement maximal, tout nous semble interminable durant l’été et cela pourrait être une excellente  et convaincante excuse pour s’adonner à la lecture ou de renouer avec elle.  

 L’été est la période où le corps travaille  le plus, ses journées sont tellement longues qu’on ne peut que bouger et s’amuser, alors on s’arrête, on se repose, on devient sédentaire, on ouvre un bel et précieux objet, on commence à le feuilleter.  Ce n’est que dans ce monde féérique que l’on se transforme en nomade dans l’esprit, car c’est de  cette façon que l’on  s’amuse et voyage véritablement.

La sélection des livres est divisée en plusieurs genres dont les auteurs sont Algériens : en fantastique, en ethnographique, en réaliste,  en aventure, en récit de fiction.

Quel que soit le genre, le tissu reste algérien.  Que demander de plus que de lire la littérature algérienne francophone sous un ciel méditerranéen ?  

Fayla de Abdelmoaiz Farhi

Le jeune talentueux auteur Abdelmoaiz s’allie avec l’audace, et change totalement de registre, un registre qu’on ne voit pas si souvent dans la littérature Algérienne d’expression francophone. En effet, son écriture imprévisible  est baignée dans une atmosphère pénétrée par l’effroi, l’angoisse, voire la panique,  qui ne laisse guère le lecteur sans effets : en lisant Fayla, la fréquence cardiaque augmente, avec elle l’adrénaline et la dopamine. L’histoire captivante, se déroule dans un  quartier marqué par la sérénité, « la rue des combattants », de la ville millénaire de Constantine. Une sérénité qui ne dure pas si longtemps !  

Plus concrètement, vingt ans après sa mort, une créature se remet à l’existence post-mortem, pour riposter contre le mal qui lui a été infligé de son vivant. Sa vengeance s’adresse inéluctablement aux enfants des auteurs de ce mal, jeunes candidats préparant  le baccalauréat. Seulement  parmi les ingrédients de la préparation, la terreur, l’épouvante, et  le mystère ne sont pas à négliger.

Le sel de tous les oublis de Yasmina Khadra

Il est bien connu, que la vie n’offre pas toujours  de cadeaux, que la bonne ou mauvaise idée émane de  nulle part. C’est ce qui s’est passé quand Adem Nait-gacem s’est fait largué, du jour au lendemain,  par  sa femme tombée amoureuse d’un autre homme. 

Si l’annonce de la  nouvelle était brutale, le personnage principal l’a vite acceptée. Car avec le départ de sa femme, sa vie présente s’est effritée toute entière : il quitte son statut d’instituteur. Puis, lève l’ancre et se remet aux mains du destin dans une vie d’errance.  La nouvelle vie d’Adam, truffée de rencontres et découvertes, coïncide avec L’Algérie nouvellement indépendante, c’est-à-dire en 1963. En lisant ce roman, une singularité se met à l’évidence :  les 250 pages du roman s’achèvent aussi tôt  que prévu, avec un plaisir atteignant le summum.  

Migrants sans noms de Tawfiq Belfadel

Des migrants sudiques font cap vers le Nord à bord d’une barque. Dépourvus de noms. Ils n’évoquent  ni leur religion, ni leur identité. Ce qui fait objet de leurs discussions, c’est sans conteste les conditions délétères dans lesquelles vivaient tous, sans exception. Le passé obscur qui justifie le présent amer, mais libérateur.  

Chacun des migrants, à tour de rôle, raconte la raison de ses tourments, de ses hantises. Personne ne connaît personne. Mais l’humanisme efface les frontières et les préjugés, les unis dans l’instant situé entre la vie et la mort. La barque les libère non seulement  de leurs pays dans lesquels règnent la corruption, l’injustice et le racisme, mais les libère de leurs pensées freinées. Désormais ils conversent et  récitent sans tabous. « Entre ici et ailleurs / La barque est notre pays. Sans passé et sans futur / Nous sommes maintenant. » Une liberté qui reste incertaine !  

Nedjma de kateb yacine 

Dans l’Algérie française, quatre descendants berbères servent comme manœuvres sur des chantiers qui tombent amoureux de Nedjma, une femme sublime à double origines, française et algérienne. Mais Nedjma  n’est pas qu’une femme, c’est aussi l’émergence de la nation algérienne promise, parallèlement, l’identité  complexe et imprécise de l’Algérie.  Ce roman narrativement polyphonique et temporellement cyclique, confère à Kateb Yacine une critique, celle de la complexité structurelle. Néanmoins,  une complexité jamais prise au sérieux, car maquillée par la beauté poétique de sa plume.  Pour un simple paysage Kateb écrit : 

 «  au sommet du talus se dressent des marches de roc, émergeant de la broussaille que les bivouacs des vagabonds et des nomades ont tondue, calcinée, réduite à l’état de remblai, sans venir à bout des jujubiers et des cèdres penchés en arrière, coureurs éblouis à bout d’espace et de lumière en un sprint vertical, le tronc dégagé, les branches tendues vers le sol, en l’épanouissement hérissé des figues de Barbarie, de l’aubépine, de l’airelle »

Tout Algérien devrait lire Nedjma dans la mesure où c’est l’histoire du peuple algérien, de l’Algérie, une Algérie civilisationnellement et culturellement riche, de l’âme du pays. Le roman  Nedjma est considéré comme  le texte fondamental de la littérature algérienne moderne en expression française.

Le fils du pauvre de Mouloud Feraoun

Ce roman est une autobiographie de l’auteur. Avec une plume trempée dans l’encrier de la sincérité, Mouloud Feraoun nous fait plonger dans la vie pénible et difficile des villageois montagnards de la Kabylie, ce qui a  donné lieu au phénomène de l’immigration assez répondu dans cette région rocailleuse, sinueuse et pauvre. On apprend alors l’organisation sociétale de cette région si singulière,  ses us et coutumes, l’honneur  et la fierté  des habitants que cette montagne abrite.

Le fils du pauvre est avant tout, un enseignement de la vie. Il nous retrace comment un jeune berger a pu, par volonté et persévérance, changer  sa vie, en réussissant dans ses études et devenir instituteur. 

Samy Loucheni

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