Le français parle le Français, l’espagnol parle l’Espagnol et l’italien parle l’Italien. Tous les trois ont pour langue officielle le Français, l’Espagnol, l’Italien et non pas le Latin par exemple. En Algérie et dans tout le Maghreb, le peuple parle une langue, sa langue maternelle et ancestrale qui n’a pas de nom, ou nommée avec dédain la Darja. On lui reproche d’être un écart par rapport à la langue Arabe, la Fusha. Cette représentation péjorative envers le Darja est due à des influences politico-culturelles et une méconnaissance généralisée de l’Histoire du Maghreb. Dans ce déni total de nos langues maghrébines, on parle le maghrébin-qui se subdivise en : Libyen, Tunisien, Algérien et Marocain qui se subdivisent à leur tour en plusieurs sous-systèmes linguistiques- mais nous avons l’Arabe pour langue officielle, notre Latin en quelque sorte. Or en théorie linguistique, tout système de signe linguistique qui sert de support à une communication linguistique est une Langue. Du point de vue de la linguistique, toutes les langues du monde se valent : il n’y pas de langue bonne ou mauvaise. Tous les phénomènes linguistiques s’expliquent par rapport à l’histoire, la géographie, la culture, les conditions économiques et la réalité politique qui les produisent. En effet, la Darja, que j’appellerai désormais l’Algérien, résulte comme le disait Michel Foucault dans Les mots et les choses(1966) sur la formation des langues, des différentes érosions de l’Histoire, des guerres, des conquêtes, des catastrophes naturelles et des grandes migrations. Depuis au moins le premier millénaire avant Jésus-Christ, l’Afrique du nord a connu plusieurs conquêtes qui ont duré des siècles. Une conquête suppose une domination totale du peuple conquit, par le haut et par le bas. Et les premières formes de domination commencent par l’imposition de la langue du nouveau dominant.

  Des phéniciens jusqu’aux français, l’Afrique du nord a parlé-à côté du Tamazight- tout au long de trois mile ans d’histoire le phénicien, le punique, le latin, le grec byzantin, le germain des vandales, l’arabe, le turc, l’italien, l’espagnol et le français. L’Algérien puise ses origines dans toute cette variété de langues.

  Afin de comprendre de quoi l’Algérien est-il le nom, il faut revenir principalement  à la domination carthaginoise, la conquête romaine, la christianisation avec ses deux églises : Cananéenne et Latine et la conquête Arabe. à l’encontre des français, les carthaginois, les romains et les arabes ont punicisé, latinisé et arabisé les nord-africains. Souvent, l’adoption de la langue du conquérant s’effectue via un nouveau mythe, un nouveau culte ou une nouvelle religion.

  Très tôt, le tamazight entre en contact avec le punique et puis le latin. Les vestiges de la ville de Dougga en Tunisie témoignent par le biais des inscriptions bilingues –punique et tamazight- sur ses murs de la formidable cohabitation des deux langues. Avec la conquête romaine, les berbères adoptèrent le latin, surtout dans les régions ou il y eu une intrusion massive de pouvoir romain.  La romanisation a donné Apulée de Madaure, Tertullien, Afer Térence, Saint Augustin et beaucoup d’autres. La conquête arabe fut la dernière conquête en Afrique du nord où les conquérants se sont mélangé aux populations locales ; ce que les turcs et les français n’ont pas réalisé. L’arrivée massive des arabes par terre et l’adoption de l’Islam a totalement changé à jamais le paysage linguistique en Afrique du Nord. La fusion de l’Arabe avec le Tamazight et les subsistances du Latin ou même du punique ont donné naissance à un Arabe typiquement Nord africain : le maghrébin.

  Selon Gabriel Camps, il y a deux concepts qui méritent d’être éclairés. L’islamisation et l’arabisation. Il nous explique dans son ouvrage « Les Berbères. Barzakh, 2007 » que l’islamisation du Maghreb s’est effectuée rapidement tout au long du VII et du VIII siècle, en dépit de plusieurs raison telles l’effondrement du pouvoir byzantin, le repli des romains dans les villes, les querelles entre le donatisme, l’arianisme et le catholicisme…etc. nous pouvons dire que les  deux monothéismes, juif et chrétien ont facilité l’adoption de l’islam par les berbères. Tandis que l’arabisation était longue, piétinante et elle n’a vu son apogée qu’avec l’arrivée, au XIII des Banou Hillal, Banou Solaim et les Maqil. L’arabisation totale des berbères s’est effectuée par des mécanismes religieux et socioculturelle. Du côté des mécanismes religieux, les Banou Hillal disaient que pour accéder au paradis, il faut parler arabe et s’identifier à la culture arabe pour être un musulman exemplaire. Du côté des mécanismes socioculturels, les berbères délaissaient massivement leur culture d’origine pour adopter une généalogie arabe –fantasmée bien évidemment- pour accéder au statut de Cherif : descendant du Prophète. L’acculturation joua un grand rôle dans l’arabisation de l’Afrique du Nord, comme fut l’acculturation pendant l’occupation romaine.

  Tous ses événements historiques, politiques et linguistiques nous donnent un aperçu générale sur la genèse de la constitution des différentes langues maghrébines que nous connaissons aujourd‘hui. La complexité linguistique et culturelle est au centre de leur formation.  Dire que la Dardja est une version dégradée de l’arabe classique, ou une langue fausse ou moins prestigieuse est une totale absurdité, un déni de l’Histoire nord africaine.

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