Le 28 février 2015, une vidéo a créé un grand buzz sur les réseaux sociaux. Il s’agissait de l’annonce de l’inauguration par les étudiants de la placette de l’amour à Tizi Ouzou et, cela après qu’un étudiant,le 16 février sur cette même placette s’était agenouillé devant sa dulcinée pour lui demander de devenir sa femme !En décidant d’inaugurer « la placette de l’amour » à Tizi Ouzou, des étudiants ont tenu, à leur manière, de rendre hommage à ces amoureux courageux de l’avoir fait publiquement dans une région et, une ville marquées par nombres de conservatisme séculaires: par ce geste, le futur jeune couple a bravé les interdits culturels et cassé des tabous ! En inaugurant la placette, des étudiants ont rendu hommage à leur courage en marquant leur différence et en la revendiquant pacifiquement, et, enfin, le « Collectif d’étudiant(e)s progressistes » choqué par les réactions violentes suscitées par la vidéo a organisé une marche « pour l’amour, la tolérance et la paix » au campus Bastos à Tizi Ouzou !

De tous ces bouillonnements entre action et réaction, je ne peux que me réjouir des avancées non seulement en matière de tolérance et aussi d’égalité car d’une manière générale, les médias ne véhiculent que les informations liées aux maltraitance faites aux femmes, à l’immobilisme de la société et aux « prétendus ultras conservatismes » des jeunes : alors, merci à tous ces jeunes qui s’exprimant dans un cocktail de leurs trois langues (français, kabyle et arabe) pour nous avoir apporté « ce petit je ne sais quoi » qui fait ce qu’ils sont et qui a fait souffler sur nôtre toile un vent vivifiant d’espoirs d’amour, tolérance et paix !

Merci à eux de m’avoir replongé dans ma découverte l’été 2014, de Stina, cette jeune étudiante chanteuse finlandaise, passionnée par la chanson kabyle découverte au contact des kabyles d’Helsinki. Son engouement l’a conduite au début, à interpréter magistralement les chansons de Taous Amrouche, Slimane Azem et d’autres interprètes puis, l’année dernière à rendre visite à la Kabylie pour mieux s’imprégner de sa culture en sillonnant ses sites historiques et culturels. Mais, ce sont ses photos sur le lieu où s’est tenu le congrès de la Soummam ou encore dans l’enceinte de l’université de Bejaïa, qui par le buzz produit sur Facebook ainsi que sa réponse à la question « Maîtrisez-vous la langue Kabyle ? » d’un journaliste de Kabyle news« Malheureusement non. Je comprends ce que je chante et c’est le plus important pour moi pour le moment. Le tamazight est une très vielle langue qui date de milliers d’années, le fait d’avoir appris des mots est un grand honneur pour moi. » qui m’ont profondément interpellé sur l’héritage culturel et les place et rôle de la langue !

En effet, aujourd’hui, lorsque je regarde autour de moi je m’aperçois avec bonheur, de la réalité de la mixité culturelle qui se propage de plus en plus vite dans les pays du sud et, peut- être un peu moins dans ceux du nord mais qu’importe, l’essentiel c’est que la mixité culturelle se diffuse. Et, pour l’illustrer mon propos sur le fait que ce n’est pas un hasard si nous avons ou fait nôtre, les cultures ou une part des cultures dont nous parlons les langues, je prendrais l’exemple de la fête de la Saint Valentin, qui du pont des cadenas symbole de l’amour aux autres représentations (les roses, les festivités, etc.) que notre société traditionnelle adopte progressivement depuis qu’elle en comprend mieux la symbolique et le sens en termes de bien-être et de rencontres apaisées!
Ceci me renvoie tout naturellement, au fait que la mondialisation culturelle pour le commun des mortels se traduit en général, par l’homogénéisation des modes de consommation et d’habillement ainsi que par la prédominance de la langue anglaise dans la communication. Certes, la langue anglaise est devenue indispensable aux échanges commerciaux entre des partenaires de tous les coins de la planète et nécessaire pour accéder aux savoirs qu’elle véhicule tant culturels que scientifiques, mais qu’adviendrait-il de notre richesse culturelle si le monde entier parlerait une seule langue ?A ce sujet, une recherche menée par S.Robert a démontré, comme l’affirme Georges Mounin , que la langue maternelle ou langue première, influe notre mode de pensée et notre vision du monde. Cela signifie que ceux qui apprennent de nouvelles langues ont, non seulement acquis les outils linguistiques de ces dernières, mais aussi des compétences socioculturelles qui ont modifié leur façon d’être et leur ont appris à penser autrement.

A partir de là nous en pouvons déduire, premièrement, qu’effectivement parler une seule langue dans le monde conduirait à voir les choses de la même façon, à penser, à réfléchir et raisonner uniformément, ce qui nous amènerait vers une globalisation appauvrissante et réductrice tant en terme de créativité, de débat, de progression et, par conséquent d’ ouverture, ce qui est contraire au défis du XXI siècles qui vise l’émergence d’une nouvelle approche de la notion d’identité où l’identité est perçue comme la somme de toutes nos appartenances, et au sein de laquelle l’appartenance à la communauté humaine, prendrait de plus en plus d’importance, jusqu’à devenir un jour l’appartenance principale, sans pour autant effacer nos multiples appartenances particulières c’est-à-dire aller de la diversité à l’universalité !Deuxièmement, le plurilinguisme est une condition nécessaire à la diversité culturelle puisqu’il influence les pensées et les comportements et il favorise la compréhension, le respect et la tolérance des autres cultures. En effet, parler une autre langue c’est comprendre l’autre, sa culture véhiculée et sublimée par la musicalité des mots de sa langue (merci à Stina de m’avoir mis le doigt sur ce point …) en autorisant le rapprochement et l’acceptation de l’autre tel qu’il est avec ses différences qui petit à petit deviennent sources de richesses pour lui et pour soi. Ainsi, il n’est pas exagéré de dire que le plurilinguisme est aux cultures, leur nouvel espace comme l’illustre si bien l’éducation interculturelle bilingue menée au Pérou qui visait initialement à intégrer les populations autochtones des hauts plateaux puis les populations amazoniennes dans la construction d’un État culturellement pluraliste .

Mais quels merveilleux termes que ceux de «culture» et« diversité culturelle » car si le terme «culture» recouvre les valeurs, les croyances, les convictions, les langues, les savoirs et les arts, les traditions, les institutions et modes de vie par lesquels une personne ou un groupe de personnes exprime son humanité et les significations qu’ elle ou il donne à son existence et à son développement , « la diversité culturelle »renvoie à la multiplicité des formes par lesquelles les cultures des groupes et des sociétés trouvent leur expression. Ces expressions se transmettent au sein des groupes et des sociétés et entre eux . Et, aujourd’hui, je prends mieux la juste mesure de l’intérêt porté par l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (l’UNESCO) à la sauvegarde de cette richesse pour le dialogue considérée comme patrimoine de l’humanité, facteur d’épanouissement, de cohésion sociale voire universelle, de développement et surtout de paix !

Étrange cheminement qui fut le mien depuis cette vidéo de la demande en mariage Bastos en ce jour du 16 février 2015, qui m’amène à intégrer les histoires de ma grand-mère kabyle aux messages et positions de l’UNESCO qui tous deux chacune dans sa langue m’ont enseigné que la violation des droits culturels provoquent des tensions et conflits identitaires principales causes de la violence, des guerres et du terrorisme !

Mais, je reste convaincu qu’au-delà des apparences de la mondialisation, la décrivant comme une culture hégémonique et dominante, un brassage interculturel où la volonté de partage bien parlée et donc bien mieux comprise permettra -même au travers d’un usage généralisé de l’anglais- à chacun d’entre nous de vivre et de protéger pacifiquement son identité, de sa langue et de jouir des richesses de notre nouveau monde interconnecté sans complexe où le plurilinguisme constitue le creuset du vivre ensemble grâce aux réseaux sociaux et, où s’épanouissent les langues et les cultures, où chacun où qu’il se trouve, échange sans barrière culturelle ou sans frontière avec son frère humain même s’il se trouve à l’autre bout de la planète, et qu’importe qu’ils parlent ou pas une langue commune, Google Translate est là pour assurer le trait d’union. Ce fut mon cas, moi le Kabyle issu d’une Algérie plurielle multiculturelle, qui m’a permis d’être ce que je suis c’est-à-dire celui pour qui le plurilinguisme est à la culture et à la paix ce que le pluripartisme est à la démocratie. Et, je ne peux pas terminer sans adresser mes plus profonds remerciements à ce jeune couple de m’avoir fait vivre cette insoupçonnée aventure de l’amour, de la tolérance, de la paix !